Les dépenses publiques

Une partie de l'argent issu du produit intérieur brut n'est pas distribuée en revenus de facteurs, mais est versée à l'État, ce sont les impôts sur le produit (TVA, taxes sur l'essence, sur l'alcool, droits de douane, taxe professionnelle, impôts sur les bénéfices des sociétés...) destinés à financer ce que nous avons appelé les charges collectives c'est-à-dire les dépenses publiques.  En outre, les ménages ont, eux aussi, payé des impôts (sur le revenu, sur le patrimoine, locaux).

Que fait l'État de cet ensemble de ressources ?

Une légende tenace décrit l'utilisation de ces ressources comme semblable au tonneau des Danaïdes : un puits sans fond ! Or en économie, rien ne se perd, rien ne se crée : l'argent finit toujours par être dépensé. En l'occurrence, l’État l'utilise essentiellement pour produire des services non marchands. C’est-à-dire des services mis gratuitement (ou moyennant une participation minime des usagers) à la disposition de la population. En voici quelques exemples, en vrac : le réseau routier (les autoroutes à péage, en revanche, font partie du produit marchand), la justice, la police, l'éclairage public, la défense nationale, l'enseignement public, le placement des chômeurs...

Il arrive que l'on désigne ces services par le nom de consommations collectives : en effet, c'est l'ensemble de la collectivité (entreprises et ménages) qui paie des impôts pour faire fonctionner ces services.

Les bénéficiaires peuvent donc les obtenir sans bourse délier, ou peu s'en faut : tout se passe comme si la collectivité complétait leur consommation privée en se cotisant.  Ainsi, l'acheteur d'une voiture peut utiliser cette dernière sur des routes en bon état, grâce aux impôts payés aussi par ceux qui ne possèdent pas de voiture.

Cette dissociation entre le paiement et l'usage, entre le payeur et le bénéficiaire est sans doute le problème le plus aigu posé par ce type de dépense. Dans la logique marchande, en effet, le payeur et le bénéficiaire sont confondus : entre ce que je dépense et ce que je reçois, il y a un lien immédiat, proportionnel. Et plus je dépense, plus j'obtiens en échange. En revanche, les consommations collectives échappent à cette logique : ceux qui paient ne sont pas forcément ceux qui reçoivent. On comprend que certains traînent des pieds et jugent qu'il s'agit là d'argent gâché, gaspillé.

Aussi, tout naturellement, les premiers tendent à limiter ce type de consommations, tandis que les seconds cherchent au contraire à les étendre : conflit entre intérêts opposés bien plus que conflit idéologique. Il n'est pas surprenant que l'analyse libérale, qui préconise le recours systématique au marché pour satisfaire les besoins, soit l'idéologie la plus prisée dans les milieux aisés. A l'inverse, l'analyse socialiste, qui propose l'extension des consommations collectives pour satisfaire les besoins de base de chacun correspond davantage aux intérêts des classes populaires.

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