Dépendance sino-américaine : « yuan » a marre

Le Secrétaire au Trésor Henry Paulson est à Pékin pour discuter des questions « économiques stratégiques » avec son homologue chinois. Le déficit commercial américain et la situation monétaire sont au cœur des controverses entre les deux pays.

Accompagné d'une myriade d'experts économiques et du président de la Réserve Fédérale américaine Ben Bernanke, le Secrétaire au Trésor, Henry Paulson, inaugure un « dialogue économique et stratégique » qui réunira tous les six mois les dirigeants chinois et américains.

L'agenda prévoit des discutions sur les stratégies à adopter en matière d'environnement, d'énergie, et plus largement sur la place respective des deux pays dans l'économie mondiale. Noble agenda, certes. On ne peut pas regretter que les champions du monde des émissions de gaz à effet de serre se concertent sur les questions environnementales. Mais on peut être sûr que ces sujets ne monopoliseront pas les débats.

Le déficit commercial américain vis à vis de la Chine a battu en octobre un nouveau record pour atteindre 24,4 milliards de dollars, et plus de 200 milliards sur l'année 2006. Ce qui apparaît comme une relation inégale d’un point de vue commercial est en fait à l'avantage des deux pays : la Chine réinvestit une large part de ses revenus aux États-Unis, ce qui permet de financer une partie du déficit américain.

C’est ce qu’on appelle la dépendance mutuelle. 650 milliards de dollars dorment ainsi dans les caisses de la banque centrale chinoise, représentant 60% des réserves chinoises de devises étrangères, alors que la Chine détiendrait plus de 174 milliards de dollars de bons du Trésor américain. Tout semble donc aller pour le mieux : la Chine exporte des produits à bas prix aux États-Unis, et en retour, réinvestit une partie de ses bénéfices pour combler le déficit commercial américain, passé de 70 à 725 milliards de dollars sur les douze dernières années.

Seulement voilà ! La situation n'est plus acceptable aux yeux des démocrates. Les vainqueurs des élections de mi-mandat en novembre ne peuvent se résoudre à voir une partie de l'industrie textile américaine mise à genoux par les exportations chinoises.

La future présidente de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi, est très critique à l'égard de la Chine tant au sujet des droits de l'homme qu'en matière économique ; une position largement partagée dans son parti. Les sénateurs Schlumer et Graham ont ainsi préconisé une mesure protectionniste visant à appliquer un droit de douane de 27,5% sur les importations chinoises. Si cette proposition a finalement été retirée, elle donne une idée de l'état d'esprit qui domine le nouveau Congrès américain.

Deuxième pomme de discorde après les textiles : la monnaie chinoise. La valeur du yuan, largement sous-évaluée par rapport au dollar, empêche les exportations américaines de pénétrer plus largement le marché chinois – et de rétablir l'équilibre commercial entre les deux pays.

Hu Jintao, qui a certes promis d'ouvrir son marché intérieur aux Etats-Unis et de relancer la consommation chinoise – ce qui excite la convoitise des entreprises US –, semble tout de même traîner des pieds : dans les dix huit derniers mois, le yuan s’est suffisamment redressé pour contenir l'inflation chinoise, mais pas assez pour rendre les exportations américaines plus compétitives.

Paradoxalement, un dollar faible est aussi une arme non négligeable pour les États-Unis : la Chine, qui en possède en grandes quantités dans ses réserves, s’inquiète de la baisse continue du billet vert depuis six mois. Une tendance qui pourrait se prolonger, alors que la petite forme actuelle des États-Unis rend la zone euro plus sûre et plus attractive sur les marchés de change.

Cette baisse du dollar a un autre avantage pour Washington : elle favorise ses exportations, rendant ses produits très compétitifs sur les marchés européens et asiatiques. Produire plus, vendre plus à l'étranger et pour moins cher, voilà de quoi stimuler l'économie américaine malgré la baisse de sa monnaie.

Face à la menace d'un dollar faible, Pékin a engagé un mouvement de repli en achetant de l'or et des euros pour se prémunir d'une chute trop rude du dollar. Les montants achetés ne sont pas précisément connus, mais illustrent bien cette guerre économique à l'œuvre entre les deux nations. La rencontre de ce vendredi a finalement peu de chances de voir Henry Paulson et son homologue chinois résoudre ces différends fondamentaux.

 

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