Économie : Qu’est-ce que la richesse ?

Le concept de richesse est une notion protéiforme qui a beaucoup varié avec le temps. Au sens le plus large, la richesse signifie l’abondance de biens matériels et immatériels, Elle peut être purement quantitative ou se mesurer par la satisfaction que procurent les biens acquis.

Si elle est appliquée au niveau d’un pays, la richesse désigne l’ensemble des biens et des services produits sur le sol national. Au niveau d’une entreprise, par contre, la richesse produite est sa valeur ajoutée et non pas son profit.

Dans l’histoire économique, le regard porté sur la création, la mesure et la répartition de la richesse a beaucoup changé.

Si chez les mercantilistes, la richesse d’un pays était associée à celle de l’État, les physiocrates l’ont élargi à celle des habitants.

Avec l’avènement de la société industrielle, le travail est devenu la référence principale. Ainsi, les économistes classiques el marxistes se sont penchés sur les valeurs d’usage qui constituent la richesse. Pour Adam Smith, deux facteurs déterminent la richesse des nations — les capacités des travailleurs et la part des travailleurs productifs dans la population.

John Stuart, quant à lui, reconnaît que le progrès passe aussi par une meilleure répartition des richesses. Pour les néoclassiques et les keynésiens, même s’ils se distinguent profondément dans leur analyse du fonctionnement de l’économie, la richesse est associée à la valeur monétaire des biens et services. Plus récemment, les institutionnalistes ont mis l’accent sur le rôle joué par les institutions. Pour eux, la richesse d’une nation s’évalue par le bon fonctionnement de ses institutions et leurs valeurs sociales.

Continent mesurer la richesse ?

Le produit intérieur brut (PIB) est la référence mondiale pour mesurer les richesses créées dans un pays par les agents résidents — ménages, entreprises locales ou étrangères, administrations — à l’intérieur du territoire national.

Il est obtenu par le cumul des valeurs ajoutées. Le PIB ne mesure pas un stock de richesse, mais un flux sur une année. II est donc surtout un indicateur de revenu et de la croissance économique.

La question de savoir si cette croissance peut pour autant se résumer â l’accumulation de richesses divise de plus en plus les économistes. Croissance et bien-être ne sont pas la même chose : le PIB peut augmenter grâce à l’effort de reconstruction suite à des catastrophes naturelles. Ainsi, un P18 en forte hausse n’est pas synonyme de système de santé accessible ou de système éducatif performant.

Plusieurs critiques ont été formulées à l’encontre du PIB : d’une part parce qu’il ne prend pas en compte certaines productions — une partie de la production domestique et de l’économie solidaire, mais aussi, par définition, le secteur informel ; d’autre part parce que le P18 ne reflète pas les dommages causés à l’environnement et aux ressources naturelles par le processus de production, enfin, il ne montre pas non plus dans quelle mesure les revenus sont répartis de manière équitable ou non entre les habitants.

Ces lacunes du PIB ont conduit dès 1990, sous l’impulsion d’économistes comme l’indien Amartya Sen (prix Nobel de la Banque royale de Suède en sciences économiques en 1998), à la création d’un autre indicateur baptisé Indice du développement humain (æH). Publié par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), il mesure la croissance d’un pays en fonction de l’évaluation de l’espérance de vie, du niveau d’éducation et du niveau de vie de ses habitants. En France, ces critères ont été repris en 2009 par la commission Stiglitz (prix Nobel en 2001), que l’institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) s’est chargé d’intégrer progressivement dans ses mesures statistiques.

D’autres indices, parfois moins bien connus, existent également, le plus connu d’entre eux est l’indice du bonheur national brut (BNB), mis au point par un petit pays himalayen, le Bouthan, qui mesure le bonheur de ses habitants à l’aide de quatre critères :

  • le développement économique,
  • la sauvegarde de la culture et de l’environnement,
  • le bien-être psychologique des individus
  • et la bonne gouvernance.

En France, l’institut Globeco calcule, quant à lui, annuellement un indicateur de bonheur - l’Indice du bonheur mondial (IBM).

L’Indice global de richesses « inclusif » (Inclusive Wealth Index: IWI)

En dépit des progrès réalisés ces dernières années, on ne peut que constater l’absence d’un indicateur global unanimement reconnu qui recense l’ensemble du stock d’actifs naturel, humain et physique. En 2012, l’Organisation des Nations unies a lancé l’Indice de richesse inclusif (IWI). II s’appuie sur trois types d’actifs: physiques ou manufacturés (machines, infrastructures, immeubles, etc.), humain (l’éducation de la population et leur savoir) et naturel (terre, forêts, combustibles fossiles, minéraux, etc.).

Les États-Unis apparaissent ainsi comme le pays le plus riche, mais ils sont dépassés par le Japon en ternes d’IWI par habitant. Dans certains pays,

L’actif humain est prépondérant comme au Royaume-Uni, en France ou en Allemagne, dans d’autres, les actifs naturels représentent l’essentiel (Arabie saoudite) ou une laine partie de la richesse (Canada).

L’intérêt de l’IWI est également d’informer sur d’éventuelles pertes de richesse. Ainsi, la Russie récuse une perte de 0,3% par an de sa richesse inclusive entre 1990 et 2008,

Malgré l’utilité de l’IWI, il demeure toutefois dépendant d’une valorisation monétaire des actifs (ne sont pris en compte que les actifs pour lesquels un prix existe) et implique que ces derniers sont substituables entre eux. Certains actifs comme l’air pur ou l’eau potable sont pourtant irremplaçables.

Sources :

  • Caillé A (2012), L’idée même de richesse,
  • La Découverte, collection «cahiers libres»;
  • PNUD (2013), Rapport sur le développement humain 2013;
  • UNED (2012), Inclusive Wealth Report 2102;
  • http://donnees.banquemondiale.org/indicateur
  • http://www.globeco.fr
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