Internet : Les politiques tissent leurs toiles

Nombreux sont les politiques qui pensent que les prochaines élections présidentielles se remporteront sur le web et qui se jettent à plume perdue dans l’aventure internet.

Jean-Luc Mélenchon, doit regretter que le vote électronique ne soit pas encore légalisé. A la peine dans les sondages derrière Emmanuel Macron ou Manuel Valls, le candidat à la présidentielle de l’extrême gauche, règne sans partage sur le net.

Les milliers de réactions chaque jour sur son blog ou sa page Facebook écrasent de loin les chiffres des autres candidats.

JLM est présent sur le net depuis février 2004 (un des pionniers !) et cultive son audience par une régularité de métronome : une entrée tous les deux jours. Sur un ton clinique, il confie  aux internautes ses réflexions sur le Liban, la privatisation GDF-Suez, et nous tient au courant de tous ses déplacements.

La recette marche : chacune de ses interventions draine des centaines de commentaires. Bien déterminé à conserver son avance, le fondateur du parti de gauche a multiplié les innovations : podcasts audio et vidéo ou meet-ups, où il rencontre de visu une poignée de ses lecteurs. Le revers de ce succès ?

L’internaute a peu de chance de communiquer directement avec l’élu socialiste. Jean Luc Mélenchon ne participe pas aux débats et il est puissamment assisté par son équipe, qui rédige plus de la moitié des posts.

Ses rivaux à l’investiture présidentielle n’ont pas tardé à le plagier. Manuel Valls a ouvert son blog en janvier 2015 et multiplie les statuts Twitter. Le premier ministre très didactique (preuve qu’il était fait pour ce poste) y disserte sur les sujets qui lui tiennent à cœur. C’est seulement depuis mars 2012 que les réactions des  visiteurs sont autorisées.

Et gare à l’internaute qui entretient le hors sujet, il sera rappelé à l’ordre par le webmestre du site, véritable « surveillant général » du site !

La palme de l’interactivité revient à Nicolas Sarkozy, éliminé des primaires de droite, pasionaria de la démocratie participative. Celui-ci invite les lecteurs à participer à des débats d’actualité et à corriger les chapitres de son livre. Son équipe effectue un vrai travail de reprise : toutes les contributions sont décortiquées et les plus pertinentes d’entre elles sont affichées sur le site.

Pour autant sa pensée politique reste toujours insaisissable, perdue dans la densité du contenu et le retard dans la mise en ligne des chapitres.

La droite, elle, joue le registre de la complicité. Depuis deux ans, Alain Juppé tout récemment sorti lui aussi de la primaire de droite, dévoile ses coups de cœur cinématographiques, littéraires voire, à l’occasion de son séjour à Montréal, ses talents cachés de guide de voyage à travers le Canada où il vante avec verve les beautés du Nunavut. Même ambiance intimiste du coté de François Fillon, très accessible.

Il est un des rares blogueurs politiques à répondre aux remarques de ses visiteurs. Le sénateur de la Sarthe, fidèle lieutenant de Nicolas Sarkozy, ne dissimule aucune de ses émotions, des 24 heures du Mans auxquelles, en vrai fan, il dédie une série d’entrées, en passant par le décès de Fidel Castro, « Cuba, Syrie, Corée du Nord, la révolution progressiste à découvert la monarchie héréditaire sans que nous ne ressentions autre chose qu’un léger trouble ! ».

Faut-il y voir un indice sur le ton du futur blog du chef des Républicains ?

 

3 réactions à Internet : Les politiques tissent leurs toiles

  • C’est une très bonne initiative de la part de nos politiques d’avoir ouvert ces sites de “discussion”.
    Je note cependant que seuls les sites de Mélenchon et de Montebourg ne sont pas modérés.
    L’avantage, c’est que sur ces deux sites tout le monde peut s’exprimer et débattre.
    Un petit reproche que l’on peut y faire, c’est que l’on n’a pas de messages en retour ni de la part de Mélenchon ni de la part de l’autre d’ailleurs. Le bilan c’est que l’on a souvent l’impression de pisser dans un violon, mais celui-ci ne fait pas de bruit.
    Le site de Macron est modéré, d’une façon assez bizarre par ailleurs. En effet, on se demande parfois si seuls les messages avec lesquels elle ne trouve rien à redire sont publiés. Finalement, c’est mauvais, parce que l’on ne parle que de ce qu’elle veut qu’on parle et de la manière dont elle voudrait qu’on parle. Le débat n’en est que plus limité. Il se fait néanmoins sur ses sujets de prédilections.
    L’avantage du site de Valls est la synthèse qu’elle en fait lorsqu’elle a le temps. On voit alors si oui ou non elle nous a entendus. Par contre, on a le sentiment souvent, que bien qu’elle nous ait entendus, elle est restée de marbre sur ses positions, au moins on le sait.
    Finalement, on a là encore le sentiment de pisser dans un violon, mais celui-là est cassé et fait beaucoup de bruit.
    Enfin, en ce qui concerne le site de Fabius. Bah là vous pouvez toujours écrire vous ne serez jamais publié. Par ailleurs, vous n’aurez pas non plus de messages en retour de Fillon.
    C’est pas mal, c’est comme si, bah vous pensiez tout seul dans votre coin à la problématique mal posée qu’il vous propose. Ça sert… euh à rien.
    Conclusion :
    Allez sur les sites de Mélenchon, mais n’oubliez pas de soutenir Macron parce que c’est bien lui que l’on veut comme président.
    Quant à Hollande, bah merci pour préserver l’image de François Mitterrand (lol) mais bon, pas très utile le gars…

  • Je blogue assez régulièrement chez Mélenchon et s’il est un peu frustrant au début d’avoir finalement peu de retour du maître des lieux, cela se révèle en fait un atout. Au lieu d’avoir des débats du style “que pensez-vous de l’avenir du monde” avec une réponse langue de bois assurée, le blogueur citoyen est obligé de devenir actif, de dire comment lui voit les choses, quels sont ses problèmes et ses solutions avec en ligne des contradicteurs qui souvent, enrichissent le débat au lien de tomber dans des schémas stériles.
    Je ne doute évidemment pas que Mélenchon finira par être élu 😉 et j’espère qu’une fois à la présidence il conservera ce lien direct avec la nation. Que de maux seraient évités si les citoyens pouvaient s’inviter au conseil des ministres. Même si elle n’est pas institutionnelle, voici une vraie réforme de notre démocratie, silencieuse mais puissante.

  • En effet DSK est un précurseur sur le net. Il allie imagination et créativité. Il offre à ses lecteurs un espace de liberté qu’on ne retrouve chez aucun de ses concurrents socialistes.
    Entre la communication aseptisée de Francois Fillon et ce que nous explique le webmestre de Mélenchon, il y a une différence de philosophie qui explique pour une bonne part le succès de son site.

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